
Née de la rencontre des peuples autochtones (Taïnos/Kalinagos), des colonisations espagnole, française puis britannique, des savoir-faire africains issus de la traite, et des arrivées d’engagés indiens (dès le milieu du XIXᵉ siècle) ainsi que de migrants chinois et syro-libanais, la cuisine de Trinité-et-Tobago est l’une des plus métissées des Caraïbes. Elle marie produits locaux (igname, manioc/dasheen, gombo, piment Scotch bonnet, chadon beni) et techniques venues d’ailleurs (caramélisation/browning de la viande, currys et rotis, sautés « chinois », mezzés/gyros). Emblématique, le pelau — riz, viande, pois d’Angole et lait de coco — combine l’héritage du pilaf indo-persan et la caramélisation d’inspiration africaine ; c’est un plat de rassemblement au cœur des « limes » et des fêtes. Le callaloo, à base de feuilles de taro (dasheen) et de gombo, cristallise l’héritage créole. La street-food a sacré les doubles (bara frits garnis de channa au curry) d’origine indo-trinidadienne, ainsi que diverses formes de roti ; s’y ajoutent bake-and-shark, pastelles, pholourie, souse, etc., qui racontent autant de métissages. Cette mosaïque culinaire, indissociable du carnaval, de la musique et d’une diaspora active, illustre une histoire de circulations, de résistances et d’adaptations toujours vivante.
La Cuisine de Julie | © 2022